Le jigging est une technique de pêche verticale depuis le bateau qui utilise des leurres métalliques longs et lestés — les jigs — pour explorer la colonne d'eau depuis la surface jusqu'au fond. Né au Japon dans les années 1990, il s'est imposé sur toutes les mers du monde pour sa redoutable efficacité sur les gros prédateurs pélagiques et benthiques. Sur nos côtes françaises, il cible principalement le bar, le lieu jaune, le maquereau, le thon, la sériole et le denté. La pêche au leurre en mer sous toutes ses formes mène tôt ou tard au jigging — c'est la logique du leurre portée à sa forme la plus physique et la plus efficace en profondeur.
Le jigging en bref
- Technique : animation verticale d'un jig depuis un bateau en dérive ou à l'ancre
- Profondeurs typiques : 20 à 200 m selon l'espèce cible
- Poids de jigs : 60 à 300 g selon la profondeur et le courant
- Espèces cibles : bar, lieu jaune, maquereau, thon rouge/germon, bonite, sériole, denté, pagre
- Façades : toutes — Atlantique, Manche, Méditerranée
- Pratique : exclusivement depuis le bateau (difficilement praticable depuis le bord)
Les différents styles de jigging
Le terme jigging recouvre plusieurs styles d'animation distincts, chacun adapté à des espèces et des profondeurs différentes :
Le slow-pitch jigging (ou jigging slow) est le style qui a révolutionné la pratique. L'animation se fait sur un rythme lent et régulier — un coup de canne toutes les 1 à 2 secondes, avec des phases de chute libre lentes pendant lesquelles le jig spécifiquement conçu pour cette technique (plat, décentré) part en rotation et en nage horizontale irrésistible. C'est la technique la plus efficace sur les espèces de fond (denté, mérou, pageot) et les moins actives.
Le jigging classique (high-pitch) utilise des jigs plus longs et plus lourds animés par une série de coups de canne rapides et amples, synchronisés avec la récupération du moulinet (un coup par tour de manivelle). C'est plus physique mais très efficace sur les espèces pélagiques rapides — thon, bonite, listaos, sériole — qui réagissent à un leurre qui s'échappe rapidement.
Matériel de jigging : ce qui change par rapport à la pêche classique
La canne de jigging est courte (1,60 à 1,95 m) et puissante. Sa longueur réduite facilite l'animation verticale depuis le bateau et donne un meilleur contrôle du jig. La puissance (classe 150 à 400 g selon les cibles) permet de ferrer énergiquement et de combattre des poissons de plusieurs kilos sous 50-100 m de profondeur. Les cannes Majorcraft Bonerus, Yamaga Blanks Galahad et Daiwa Saltist Stick sont des références reconnues.
Le moulinet est souvent le poste le plus important. En spinning (bobine fixe), un modèle de taille 4000 à 6000 à récupération rapide (ratio supérieur à 6:1, idéalement 6,2:1 à 6,4:1) est indispensable pour pouvoir remonter rapidement la quantité de fil qui ressort à la descente. Les Shimano Stella SWC, Daiwa Saltiga et Van Staal VR75 sont les références haut de gamme. En version accessible, les Shimano Twin Power SWC 4000-5000 et Penn Slammer offrent un excellent compromis.
Certains jiggers préfèrent les moulinets conventionnels (à tambour tournant, type baitcaster) pour le slow-pitch : ils permettent de contrôler la descente du jig avec le pouce sur le tambour et de sentir les touches à la descente (souvent le moment où les prédateurs attaquent). Les Daiwa Saltist, Shimano Ocea Jigger et Penn Fathom sont populaires dans cette catégorie.
Les jigs : formes, poids et couleurs
Un jig est un leurre métallique, le plus souvent en plomb recouvert d'un revêtement holographique ou peint. Les deux formes principales sont le jig long et fuselé (type speed jig, pour le jigging classique rapide) et le jig court et asymétrique (type slow-pitch, plat et décentré pour une chute en spirale lente). Les poids varient de 60 g pour des fonds de 20-30 m par courant faible, jusqu'à 300 g pour des fonds de 150-200 m ou des zones à fort courant de marée.
Les couleurs efficaces : silver holographique, bleu/blanc, rose/blanc, chartreuse et orange fluorescent pour les eaux chargées. La règle empirique que nous appliquons : commencer par une couleur naturelle (silver, bleu dos) puis passer au fluo si l'eau est turbide ou si les touches ne viennent pas après 30 minutes.
Montage et équipement des jigs
Les jigs sont équipés différemment selon le style. En jigging classique, on monte des triples (trebles) ou des doubles assist hooks à l'avant et parfois à l'arrière. En slow-pitch, on utilise exclusivement des assist hooks à l'avant — des hameçons simples montés sur un cordage souple (Kevlar ou fluorocarbone épais) qui permettent au jig de nager librement pendant la chute. Les marques Owner et Gamakatsu proposent les meilleures qualités en hameçons d'assist.
La tresse PE 2 à PE 4 (selon la profondeur et les espèces ciblées) et un bas de ligne en fluorocarbone 40-60 centièmes sur 1,50-2 m complètent le montage. La connexion tresse/fluorocarbone se fait idéalement par un nœud FG — le plus résistant disponible.
Technique : comment animer un jig
La descente est aussi importante que la montée : de nombreuses touches surviennent pendant la phase de chute libre, quand le jig nage horizontalement. Dès que le jig touche le fond (on le sent à la tresse qui se détend), engagez l'animation immédiatement — les prédateurs de fond sont souvent juste au-dessus. Remontez le jig par phases de 10-15 m en animant, puis laissez redescendre jusqu'au fond. Recommencez jusqu'à mi-eau environ, puis ramenez.
L'erreur fréquente des débutants est de ne travailler que les 3-5 premiers mètres au-dessus du fond. En réalité, le bar et le lieu jaune chassent souvent à 5-15 m au-dessus de la structure — travaillez l'ensemble de la colonne d'eau.
💬 Dérive vs ancre : deux stratégies complémentaires
La dérive libre (moteur coupé) permet de couvrir une large zone et de prospecter rapidement. L'ancre sur une structure (épave, tombant) concentre les efforts sur le spot productif. Commencez toujours par quelques dérives pour localiser les poissons, puis ancrez sur la zone active.
Pour aller plus loin
- Lieu jaune — l'espèce de roche de Manche idéale pour débuter le jigging
- Pêche du bar — le bar de bateau se prend bien au jigging lent sur les plateaux rocheux
- Maquereau — réponse immédiate aux jigs légers en surface, excellent pour tester la technique
- Pêche au leurre en mer — la version côtière depuis le bord, complémentaire du jigging
Quel poids de jig choisir pour commencer ?
Pour la Manche et l'Atlantique sur des fonds de 30-60 m, un jig de 80-120 g est polyvalent. Prévoyez quelques jigs de 150-200 g pour les zones à fort courant de marée. La règle : le jig doit toucher le fond en moins de 30 secondes de chute — si ce n'est pas le cas, montez en grammage.
Le jigging est-il physiquement éprouvant ?
Le jigging classique rapide sur plusieurs heures peut être fatigant pour les bras et les épaules. Le slow-pitch est nettement moins exigeant physiquement. Commencez par des sessions courtes de 1-2 heures pour vous acclimater, et soignez votre posture (animation depuis le coude, pas depuis l'épaule).
Peut-on faire du jigging en Méditerranée ?
Oui, la Méditerranée offre d'excellentes opportunités de jigging — sérioles dans le golfe du Lion et en Corse, denté et pagre sur les tombants rocheux, thon rouge en saison. Les courants moins forts qu'en Atlantique permettent d'utiliser des jigs plus légers (60-120 g) pour des fonds similaires.
Faut-il un bateau spécifique pour faire du jigging ?
Tout bateau apte à naviguer en mer convient. Un semi-rigide de 5 m minimum est conseillé pour la sécurité au large. Le sondeur avec retour de fond est très utile pour repérer les structures et voir les poissons en suspension. Le GPS permet de revenir précisément sur un spot productif.
Le jigging endommage-t-il le fond marin ?
Pratiqué correctement (jig qui touche le fond brièvement avant d'être animé vers le haut), le jigging est peu destructif pour les fonds. Évitez de racler le fond en continu — outre les risques pour l'habitat, vous perdrez des jigs dans les rochers. La descente contrôlée avec la manivelle est préférable à la descente libre sauvage.